DÉRIVES BUDGÉTAIRES ET RESPONSABILITÉS POLITIQUES
La situation financière de notre pays se dégrade, chacun le constate, jour après jour.
À l’échelle locale, les collectivités territoriales n’échappent pas à cette tension croissante qui pèse sur les finances publiques. Pour autant, il serait bien trop simple et intellectuellement malhonnête de considérer que toutes sont logées à la même enseigne. Car oui, certaines souffrent davantage que d’autres en raison de choix politiques et de pratiques de gestion pour le moins contestables.
En Gironde, nous avons, à cet égard, un trio pour le moins singulier : le Département de la Gironde, la Métropole de Bordeaux et la Ville de Bordeaux.
Trois collectivités, trois échelles d’action différentes mais un point commun évident : elles ont toutes été récemment administrées (pendant plus ou moins longtemps) ou le sont encore par des majorités issues de la gauche socialiste et écologiste. Un simple hasard ? Chacun a la possibilité de se faire sa propre opinion. Mais les faits, eux, sont là.
Commençons par la Ville de Bordeaux. Après des décennies de gestion par la droite de Jacques Chaban-Delmas et d’Alain Juppé, Bordeaux a basculé en 2020 sous pavillon écologiste. Cinq années auront ainsi suffi pour faire émerger une situation financière particulièrement préoccupante. L’endettement de la Ville a ainsi bondi entre 2019 et 2025 pour atteindre 413 millions d’euros avec un recours accru à l’emprunt notamment en 2024 et 2025. Une dette désormais qualifiée « d’historique » et « d’intenable » par Thomas Cazenave, élu Maire en mars dernier, au point de faire peser un risque réel de mise sous tutelle par la Chambre régionale des comptes.
Mais que les Bordelais se rassurent : les élus écologistes, désormais dans l’opposition, relativisent la situation en expliquant avoir « préparé les Bordelais aux urgences climatiques et sociales » et engagé une « révolution solaire ». Chacun appréciera. Pour ma part, je ne suis pas certain que préparer l’avenir consiste à laisser les finances d’une collectivité dans un état si préoccupant. Au bout du compte, cette « révolution » n’aura tenu qu’un simple mandat.
Le constat est, hélas, comparable à l’échelle métropolitaine. La Métropole de Bordeaux, historiquement marquée par des alternances politiques, a été dirigée de 2020 à 2026 par une majorité de gauche socialiste. En cause ici : une dette dépassant désormais les 2 milliards d’euros. À titre de comparaison, celle-ci s’élevait à 889 millions d’euros en 2019 soit une augmentation d’au moins 125 % en quelques années seulement. Dès lors, une question s’impose avec une certaine acuité : que s’est-il donc passé entre 2019 et 2026 pour aboutir à une telle dérive ? La réponse, chacun la connaît.
Mais s’il est une collectivité qui incarne, à elle seule, les dérives d’une gestion défaillante, c’est bien le Département de la Gironde. Véritable « champion » en la matière, il est administré, presque sans discontinuer, par la gauche socialiste depuis 1945. Et depuis plus d’un an, son état financier se dégrade sous nos yeux au point de donner à cette situation des allures de série à rebondissements dont chacun attend désormais, avec une curiosité mêlée d’inquiétude, le prochain épisode.
Avec un déficit de 100 millions d’euros, le Département s’est donc engagé dans une cure budgétaire d’une brutalité inédite. Et les conséquences sont lourdes : dégradation du service public mais aussi impact direct sur les agents avec la suppression annoncée d’emplois. Exemples : La suppression de Gironde Tourisme avec ses 20 salariés sur le carreau.
Au-delà des chiffres, c’est bien un système qui apparaît aujourd’hui au grand jour. Un système ancien, opaque, dont les dérives étaient connues de certains mais qui ne sont révélées que récemment parce qu’un point de non-retour semble avoir été atteint.
Les révélations publiées par Sud-Ouest dans son édition du 20 novembre dernier sont à cet égard particulièrement édifiantes. Un article au titre particulièrement évocateur : Enquête sur le dérapage des finances de la Gironde : « Pendant des années, on a payé sans rien demander »
On y apprend par exemple qu’en 2023, des messages internes faisaient état de 40 millions d’euros de factures à payer dans le champ de la protection de l’enfance… pour un budget de seulement 10 millions.
On y découvre également que « les politiques généreuses du Département » sont questionnées de longue date avec des pistes d’économies identifiées notamment 3,5 millions d’euros en « ne rémunérant pas les aides à domicile 8h pour un passage d’une heure la nuit », aussi essentiel soit leur travail auprès des publics les plus fragiles.
Plus troublant encore, l’existence de 37,5 millions d’euros de factures impayées décrites comme « égarées, oubliées et non traitées ». Une pratique pour le moins surprenante qui semble pourtant relever d’un certain usage comme le laisse entendre Jean-Luc Gleyze (Président du Département) lui-même lorsqu’il explique que « comme il y avait toujours des budgets supplémentaires qui reprenaient des résultats excédentaires, même si le budget était un peu juste sur une année on pouvait repousser des factures à l’année suivante. »
Ce même Jean-Luc Gleyze qui déclarait, le 1er décembre dernier : « Vous parlez erreur, je revendique le droit à l’erreur. Vous parlez de faute, je revendique le droit à correction de la faute. ». Une « erreur » à 100 millions d’euros de déficit. Quelques mois plus tard, force est de constater que les difficultés persistent et que la confiance, loin d’être restaurée, demeure profondément entamée. L’échéance des élections départementales de 2028 en sera, sans nul doute, un moment de vérité.
Si je me permets d’évoquer ces situations avec autant de franchise, c’est aussi parce que j’ai moi-même été confronté à une réalité comparable lors de mon élection en 2014. À mon arrivée, j’ai découvert une situation financière particulièrement dégradée, héritée de l’ancienne municipalité socialiste, plaçant la commune au bord de la mise sous tutelle. Il nous a fallu, dans l’urgence, ouvrir une ligne de trésorerie pour garantir le versement des salaires des agents tout en contractant plusieurs emprunts pour financer des travaux décidés avant notre arrivée mais dont nous assumons encore aujourd’hui la charge.
Notre taux de désendettement atteignait alors 20 ans. Grâce à une gestion rigoureuse mais tout aussi ambitieuse, nous l’avons ramené à 3,7 ans. Aujourd’hui, malgré les investissements engagés, il s’établit à 5,7 ans soit un niveau très inférieur au seuil des 12 ans recommandé par l’État.
Pour autant, comme dans les cas évoqués précédemment, l’humilité et la décence ne semblent pas être les vertus les mieux partagées par certains. Il fut en effet pour le moins surprenant de voir des membres de mon opposition, dont plusieurs siégeaient déjà lors de la précédente mandature, venir questionner une gestion manifestement plus saine que celle qu’ils ont eux-mêmes conduite. Une posture pour le moins audacieuse. Car en l’espèce, c’est un peu comme si ceux qui avaient laissé dériver la barque municipale prétendaient désormais en corriger la trajectoire.
Je ne prétends pas que toute gouvernance issue de la gauche serait, par nature, mauvaise gestionnaire ni que celles issues du centre ou de la droite seraient systématiquement exemplaires. Il existe probablement, et très certainement, des contre-exemples car je reste persuadé que la qualité de la gestion publique ne relève pas d’une étiquette politique mais bien du sens des responsabilités et d’une certaine maitrise des enjeux budgétaires. Je constate simplement que, dans les exemples qui nous entourent, un point commun s’impose avec une certaine évidence.
Administrer une collectivité, c’est avant tout être capable de porter des projets et des politiques publiques efficaces sans compromettre durablement les équilibres financiers. C’est concilier action publique et responsabilité budgétaire. Car derrière les chiffres, il y a une réalité que nul ne devrait jamais perdre de vue : il s’agit de l’argent des contribuables. Et cet argent impose, plus que tout autre, rigueur, lucidité et exigence.
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La crise du logement en France est une problématique complexe qui nécessite une approche globale et des mesures concrètes. La réponse de l’Etat n’est aujourd’hui pas suffisante et les mesures annoncées jusqu’à présent montrent que le secteur n’a été entendu ni sur la crise du logement neuf ni sur les besoins en matière de rénovation énergétique. Plus que jamais, il faut revenir à ce qui marche : simplifier, décentraliser et déconcentrer la mise en œuvre des politiques du logement. Il faut un État stratège, un État qui fasse confiance aux élus locaux, tout à fait en capacité de se doter d’outils de diagnostic et de planification en fonction des besoins de leurs territoires.
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