CÉRÉMONIE COMMÉMORATIVE DU 8 MAI 1945 -2026- : LE TRIBUNAL DE CONSCIENCE
Chaque année, nous nous retrouvons ici dans cette salle de réception.
Et chaque année, il faut trouver les mots.
Les mots justes.
Les mots dignes.
Les mots qui rendent hommage sans trahir.
Mais la vérité, c’est qu’ils deviennent de plus en plus difficiles à trouver.
Pour quelles raisons ?
Parce que nous répétons toujours les mêmes promesses.
Parce que nous disons, année après année : « plus jamais ça ».
Et parce que, année après année, le monde semble nous répondre autrement.
Alors aujourd’hui, je ne vais pas vous faire un discours.
Ou du moins, pas comme d’habitude.
Aujourd’hui, je vais vous demander d’imaginer.
Imaginez que nous ne soyons pas ici, tranquillement rassemblés, un matin de printemps.
Imaginez que le monument aux morts dont nous revenons ne soit pas un lieu de mémoire mais un lieu de jugement.
Pas un tribunal ordinaire.
Non.
Un tribunal de conscience.
Un tribunal du temps où il n’y aurait ni juges, ni avocats.
Seulement trois choses :
des absents,
des vivants,
et une question.
Les absents, nous les connaissons.
Ce sont ceux qui ont pris part, directement ou directement, à ce conflit.
Ceux qui ont combattu le nazisme
Ceux qui ont résisté.
Ceux qui sont tombés.
Ils ne parlent plus. Certes.
Mais imaginons un instant qu’ils soient là.
Debout.
Silencieux.
Face à nous.
Ils ne crient pas.
Ils n’accusent pas.
Ils regardent.
Et ce regard suffit.
Face à eux, il y a nous.
Nous les vivants.
Nous ces femmes et ces hommes d’aujourd’hui.
Avec nos vies, nos contraintes, nos opinions et nos fatigues.
Mais dans ce tribunal là, rien de tout cela ne suffit.
On ne peut pas se réfugier derrière le confort.
Ni derrière l’habitude.
Ni derrière l’idée que tout cela appartient au passé.
Alors la question tombe.
Une seule.
« Etes-vous les dignes héritiers du monde que nous vous avons laissé ? »
Et cette question dérange.
Elle dérange car la réponse n’est certainement pas celle qu’ils souhaiteraient entendre.
Car oui, notre quotidien est marqué par les guerres et les conflits.
Il y a l’Ukraine.
Il y a le Moyen-Orient.
Et puis il y a tous ces conflits dont on ne parle pas ou peu.
En Afrique.
En Amérique du Sud.
En Asie.
Mais il n’y a pas que les conflits lointains.
Il y a aussi ceux qui nous traversent.
Ceux qui nous divisent.
Ceux qui, silencieusement, fissurent notre propre société.
Non pas à l’autre bout du monde.
Non.
Ici.
Chez nous.
En France.
Nous vivons dans une société où le débat devient affrontement.
Où l’on ne cherche plus à comprendre mais à convaincre, parfois à écraser.
Où la nuance recule face à la certitude.
Où la parole se durcit.
Une société où les fractures se creusent.
Où l’on se définit trop souvent par ce qui nous oppose plutôt que par ce qui nous rassemble.
Nous vivons dans une société fatiguée.
Fatiguée de douter.
Fatiguée de craindre.
Fatiguée parfois d’espérer.
Une société où l’indifférence gagne du terrain.
Où l’on détourne le regard plus facilement qu’on ne tend la main.
Où la mémoire elle-même devient fragile, contestée, parfois instrumentalisée.
Et puis, dans ce tribunal imaginaire, deux nouveaux visages apparaissent.
Deux visages que nous n’aurions jamais dû avoir à évoquer aujourd’hui.
Il y a quelques jours, deux soldats français ont perdu la vie au Liban.
Le caporal-chef Anicet Girardin, 31 ans.
Le sergent-chef Florian Montorio, 40 ans.
Deux casques bleus.
Ils n’étaient pas là pour conquérir.
Ils n’étaient pas là pour dominer.
Ils étaient là pour contenir la violence.
Pour protéger.
Pour maintenir, fragilement, un équilibre qui nous échappe souvent.
Ils étaient là pour la paix.
Et pourtant, ils sont tombés.
Leur présence, dans ce tribunal, nous rappelle une chose essentielle :
l’histoire ne s’est pas arrêtée en 1945.
Elle continue.
Et elle continue de coûter des vies.
Alors, quand viendra mon tour de répondre.
Quand leurs regards se poseront sur moi.
Quand cette question, simple et terrible, me sera adressée.
Je les regarderai droit dans les yeux.
Et avec une certaine forme de lucidité je leur dirai « Non ».
Non, nous ne sommes pas encore les dignes héritiers du monde que vous nous avez laissé.
Parce que nous avons laissé la peur reprendre une place que vous aviez combattue.
Et parce que nous avons laissé la haine, parfois, s’exprimer là où vous aviez voulu la faire taire.
Mais ce « non » ne doit pas être une condamnation définitive.
Il doit être un point de départ.
Car hériter, ce n’est pas seulement recevoir.
C’est continuer.
C’est choisir, chaque jour, d’être à la hauteur.
Être digne de cet héritage, ce n’est pas être parfait.
C’est refuser de renoncer.
C’est refuser la facilité du repli.
C’est refuser l’indifférence.
C’est défendre, concrètement, ce qu’ils ont eux-mêmes défendu :
La liberté.
La dignité humaine.
Et fraternité.
C’est accepter également le débat sans renoncer au respect.
C’est transmettre la mémoire sans la déformer.
C’est croire encore que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise.
Alors aujourd’hui, ici, ensemble, nous ne pouvons pas simplement nous souvenir.
Nous devons nous engager.
Nous engager à être vigilants.
Nous engager à être justes.
Et peut-être qu’un jour, dans ce tribunal imaginaire face à leurs regards silencieux, nous n’aurons plus besoin de baisser les yeux.
Nous pourrons simplement dire :
Oui.
Nous avons tenu.
Oui.
Nous avons été fidèles.
Et Oui.
Nous avons été dignes.
Vive la paix.
Vive la république.
Et vive la France
Retrouvez tous les autres autres sujets traités en cliquant ici et suivez toutes mes actualités ainsi que celles de la ville de Coutras sur mes pages Facebook, Instagram et LinkedIn !
La crise du logement en France est une problématique complexe qui nécessite une approche globale et des mesures concrètes. La réponse de l’Etat n’est aujourd’hui pas suffisante et les mesures annoncées jusqu’à présent montrent que le secteur n’a été entendu ni sur la crise du logement neuf ni sur les besoins en matière de rénovation énergétique. Plus que jamais, il faut revenir à ce qui marche : simplifier, décentraliser et déconcentrer la mise en œuvre des politiques du logement. Il faut un État stratège, un État qui fasse confiance aux élus locaux, tout à fait en capacité de se doter d’outils de diagnostic et de planification en fonction des besoins de leurs territoires.
Autres articles
CÉRÉMONIE COMMÉMORATIVE DU 8 MAI 1945 -2026- : LE TRIBUNAL DE CONSCIENCE
LE PRIX DU LAISSER-FAIRE #31
LE PRIX DE L’ESSENCE, MIROIR DE NOS EXCES #30
ÉNERGIE, SOUVERAINETÉ, AVENIR : LE CHOIX DU NUCLÉAIRE #29
COMMÉMORATION DU 8 MAI -2025- : LETTRE A CEUX QU’ON OUBLIE #28